M.Sayyid / Maurice Greene
(Follow The Sun – Prohibited Records)
Par Emmanuel Dosda
À toute blinde, M.Sayyid enchaine les tricks tout en déjouant les figures imposées des différents domaines où il excelle : rap alternatif , peinture, dessin… Pour la première fois, il sort un livre à son image, reflétant sa personnalité complexe et son identité multiple. Membre du mythique groupe US Antipop Consortium qui faisait rimer rap et Warp, Maurice Greene (son vrai nom) est aujourd’hui auteur d’un objet éditorial métisse mixant ses pratiques et ses quêtes, de New York City à la Californie ou à Paris, où il a tout connu : « Les galeries, les palaces, les galères… ». Un livre et une bande sonore (grâce à un QR code ou un lien hypertexte) qui titille l’ensemble des sens.
Antipop Consortium — signé sur les prestigieux labels 75 Ark, Big Dada et Warp — s’est taillé une place historique dans la musique grâce à son rap électronique et expérimental dans les années 2000 . Après cette aventure sonore sans précédent, et quelques revers financiers, M Sayyid s’est installé en France il y a une dizaine d’années, se plongeant dans les complexités de la culture linguistique avant de devenir enseignant, coach et artiste solo, à la vitesse d’un échange de ping-pong dans une atmosphère rétro futuriste.
En solo, il a sorti deux mixtapes en miroir, Error Tape 1 et 2, chargées d’adrénaline et de glitches. Avec un flow ultra-rapide, il pose sa voix sur des textures mouvantes — limpide, grave comme un prêcheur, ou s’élevant haut en falsetto — sur des compositions électro qui filent à toute allure, comme les voitures qu’il conduisait autrefois en tant que chauffeur. À la fois mélodiques et robotiques, ses morceaux percutants frôlent les anges. Une voie qu’il a choisie consciemment.
L’entraînement physique, la méditation et la spiritualité guident le travail de cet artiste hyper créatif, avide « d’expériences », aussi bien artistiques qu’humaines. « Je n’ai pas peur de sauter le pas », dit-il, bien ancré dans ses foulées.
Le trip spatio-temporel se poursuit pour cet homme — inspiré par Jean-Michel Basquiat et les fanzines punk de sa jeunesse. Il emprunte la voie (lactée) picturale avec un recueil d’œuvres qui ressemblent à tout ce qu’il touche : l’harmonie figurative prise dans les méandres de l’abstraction.
Né à Harlem, Maurice Greene grandit dans une famille où les arts et l’activisme occupent une place centrale dans les conversations autour de la table. Son père, Bill Greene, écrivain et militant des droits civiques, le tenait informé de tout ce qui touchait à New York City. Sa mère, Gwendolyn Greene, l’initiait quant à elle aux univers de la musique classique et du gospel. Au fil des années, la renommée de sa tante Faith Ringgold a enrichi sa vision du monde et ses perspectives artistiques.
Il file la métaphore olympique : « On m’a transmis la flamme et, à présent, c’est à mon tour de la passer. » Durant l’adolescence, il se rendait chaque été à San Jose, en Californie du nord, fréquentant la scène skate, BMX. Quant à Downtown New York City, il y découvrait la scène hardcore, punk et Hip Hop des années 80. Ses jeunes années continuent à l’inspirer tout comme l’expressionnisme de Julian Schnabel, ainsi que les mouvements Art Brut et Cobra. Son bouquin invite à un « voyage orbital » et primitif dans une galaxie zébrée par des lacets de routes enchevêtrées, traversée par des engins prêts à se crasher en la « lumière froide » des phares dans la nuit, hantée par des êtres gloutons qui avalent tout sur leur passage. Quelque part entre Belleville et Harlem, objets et éléments s’hybrident : « La flamme, la lame, le propane », et les dos d’âne qu’il nous convie à emprunter, tels des rampes de lancement, les mains agrippées au guidon de son vieux BMX. Direction : sa planète. Mise en garde : « Ça te pète la tête. »
Nous représentons M.Sayyid (of Antipop Consortium) pour son booking France et Europe. Contact : kingboo @ prohibitedrecords.com
Outre « Follow The Sun » que nous avons produit cette année, ses sorties et mixtapes sont disponibles via Handsmade Collective à Oakland, USA – et sur son propre Bandcamp.