Collected In The Dust

Don Nino rebaptisé Don Niño en 2012 n’en est plus à son coup d’essai. Depuis l’inaugural Real Seasons Make Reasons en 2001, où il murmurait pour la première fois ses cris*, le parisien Nicolas Laureau a voyagé, éprouvé la béatitude des rencontres fructueuses (citons notamment ses collaborations avec Shane Aspegren, Luke Sutherland ou encore Françoiz Breut) et les blessures des déconvenues (ses deux derniers albums en date sont des échecs commerciaux). Le dernier trophée date de 2007, c’est l’album Mentors Menteurs!. Il consiste en quelques sortes à se jouer de ses idoles d’adolescence : l’album est un recueil de reprises souvent irrévérencieuses allant de morceaux de Prince à Serge Gainsbourg en passant par Sonic Youth ou Caetano Veloso… La reprise des Beatles A Day In The Life figure sur une compilation d’hommages aux Fab Four, aux côtés de versions de Bowie, des Beach Boys, etc…

Mais donc, que sont ces 31 pistes audio sobrement présentées sur le Bandcamp du label maison Prohibited Records sous le titre Collected In The Dust? S’agit-il d’un matériel disparate et sans âme? Ou au contraire, de tout ce que la poussière raconte de trésors cachés? Tout d’abord, il faut préciser que Nicolas Laureau a pris un soin méticuleux à choisir et à éditer ces pistes., qu’il a organisé un tracklisting en fonction de la temporalité des enregistrements et de leurs destinations potentielles. Ainsi, se côtoient sans rougir des morceaux enregistrés en studio en groupe, des maquettes des premiers émois (1999), des morceaux rares destinés à des compilations de labels cultes (Acuarela, Doki Doki), des reprises improbables jamais parues (Sting, Robert Johnson, le Purple Rain de Prince…) et des morceaux enregistrés dans l’énergie du quotidien, sans but précis.

Si Collected In The Dust veut remplir une mission, c’est bien celle de convoquer le mystère de la création, sur une échelle de temps qui échappe aux problématiques de production actuelle, où un artiste doit accoucher à intervalle régulier d’une œuvre calibrée et potentiellement rentable. Ces 31 pistes audio, ces trente et un morceaux sont autant de témoignages du travail régulier et patient d’un amoureux de musique, qui ne fait que parler du temps qui passe et d’histoires d’amour dans ses chansons ou celles des autres. Laissons-lui la parole :

Don Niño : « Lorsque j’ai terminé The Keyboard Songs en 2015, je savais que le disque ne sortirait pas tout de suite et j’avais un peu de temps à consacrer à mes archives, il y avait beaucoup de choses auxquelles je tenais, qui étaient restées dans les tiroirs. De la même manière que pour la célébration des vingt ans de Prohibited Records, j’ai pris le soin de trier cela et le projet de Collected In the Dust est né. Très vite, j’en ai dessiné la pochette, et déterminé les contours. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de mettre à disposition des enregistrements dans de bonnes conditions de diffusion au public, sans passer par la distribution physique et même si je pense qu’il s’agit plus d’un geste artistique que d’un geste commercial – dans le sens où une sortie d’album est souvent un geste commercial – je crois que c’est le moment pour moi de révéler toutes ces trouvailles, parfois fragiles, parfois cocasses, parfois parfaites à mes yeux, qui témoignent de l’artiste que je suis et que j’ai été pendant ces quinze années. Je l’ai chapitré en trois temps : morceaux inédits ou rares incluant des reprises, morceaux destinés à des musiques de films, et enfin les démos. Je tiens à ces dernières (Demotapes) car je crois sincèrement que le premier geste, celui de la maquette, constitue un acte primal et décisif, le reste n’est que réorganisation d’un art.»

* Dans une interview à Richard Robert pour Les Inrockuptibles en 2001, il formulait « Hier, je criais des murmures, aujourd’hui je murmure des cris », mettant ainsi en parallèle son chant crié dans le groupe Prohibition (1990 – 1999) avec sa voix plutôt murmurée dans le cadre de Don Niño.

Don Nino


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