Pacôme Genty

Pacôme Genty – Flowers

Par Emmanuel Dosda

Photo Terence Hassen

Avec Flowers, le touche-à-tout francilien Pacôme Genty nous jette des fleurs. Un bouquet de dix titres multicolores, blanc comme la neige, jaune soleil ou bleu pastel. Une succession de saynètes en Super 8 passées au ralenti. Des chansons psyché à la fois évidentes, simplement belles, mais qui dévoilent leurs secrets écoute après écoute. Du songwriting finement ciselé, des mélodies accrocheuses qui touchent nos âmes, des textes anglophones poétiques, des touches impressionnistes pour dix pièces musicales impressionnantes. Un album refuge.

Après avoir convoqué la mythologie grecque tout au long de son précédent album, Hestia, Pacôme Genty invoque les esprits ancestraux avec le morceau Ancient Spirit qui raconte la recherche d’une âme sœur dans une lumière éclatante et sur des sonorités bossa chaloupées façon Caetano Veloso. Si Hestia était comme conté par une narratrice fictive, déesse du foyer égrainant les états d’âmes ressentis par Pacôme – pudeur, modestie, joie… – à cette période (2024), l’ensemble de Flowers ressemble à un herbier aux mille nuances, le récit spirituel d’une quête à travers la musique « vers ce qui nous dépasse ». Des styles musicaux bigarrés : rythmes reggae dodelinants et sifflotants (Flowers) », sonorités cumbia (Book), élancées rock (Down at dawn)… le tout emballé dans un écrin folk méditatif et enveloppé dans un nuage cotonneux. Même le puncky Moving house semble tourner en 78 tours tant les aiguilles de la pendule de Pacôme sont lestées. Son disque prend le temps, celui de s’imprimer durablement, d’envoûter. Une fois la lecture du disque achevée, on réappuie sur Play pour écouter en boucle.

Après ses aventures collectives (les groupes Rrose Tacet et Erevan Tusk), Pacôme Genty a toujours travaillé en bonne compagnie; et en comité restreint sur Flowers, avec les frères Laureau (enregistrement pour Fabrice, escorte musicale pour Nicolas) et Julien Gasc qui a signé les arrangements angéliques. Le musicien and friends ont cherché à « faire correspondre différents genres et couleurs tout en créant une homogénéité » grâce à la voix, « véhicule qui cimente », comme dans le domaine de l’architecture. Basses, batteries, pianos, boites à rythmes, clarinettes et samples inédits aux effluves hip-hop (Dead ends) : le musicien et peintre travaille par fines couches qui se superposent afin de créer un tableau entre figuration et abstraction, à l’image de l’artwork qu’il a réalisé.

Les nuances musicales compagnonnent en intelligence avec les textes issus d’un « premier jet en écriture automatique » affinés. Peaufinés par Pacôme qui s’autorise des passages très crus et des moments plus abstraits, moins narratifs au cours de White ou Flowers où les images se succèdent et les thèmes se répètent, tels des motifs spectraux, des mantras. Il s’émancipe de ses mentors – Mark Hollis, Cass McCombs… – sans pour autant les renier.

Un protocole d’écriture avec l’ambiguïté comme fil rouge et le lâcher-prise comme règle d’or.
« Une maison dessinée par un enfant de trois ans est construite. » ; « Un immeuble est transformé en cimetière. Les pièces font caveau. » Dans son livre Œuvres, Édouard Levé décrit 533 œuvres dont il a eu l’idée, mais qu’il n’a jamais réalisées. Ce bouquin s’infuse dans le dernier album de Pacôme Genty, rempli de maisons – desquelles on déménage ou que l’on met en sous-loc –, de listes et rengaines. Le singer-songwriter, virtuose de la dissimulation, est parti de ce concept : « L’album est raconté par un narrateur non-fiable, notion explorée par l’écrivain Rudolph Wurlitzer (scénariste du Billy the Kid de Sam Peckinpah) dans les années 60. Je ne sais pas s’il y a autant de vérités que de mensonges dans l’album, mais en tout cas, j’ai essayé d’équilibrer les éléments de fiction et des passages plus autobiographiques. » Un protocole d’écriture avec l’ambiguïté comme fil rouge et le lâcher-prise comme règle d’or : « Make mistakes / Imitate first / Do your thing. » L’album Flowers est une autofiction poétique qui rend hommage à la littérature (Book est un clin d’œil à Emily Dickinson), une série d’associations de mots et une suite d’accords, fruit d’un long processus. Pacôme Genty pose sa voix de vibrato sur des grilles de notes parfois « harmoniquement déroutantes, avec des intervalles bizarres » (il cite Syd Barrett ou David Bowie) qui dessinent un mood atmosphérique. Dix réminiscences de rêves évanescents. Des lueurs fantomatiques qui touchent notre inconscient et filtrent le réel.

 

Tracklist :
1- Down at dawn (4:24)
2- White (3:28)
3- Flowers (3:47)
4- Subletting void (3:04)
5- Moving house (2:08)
6- Ancient spirit (3:30)
7- Dead ends (3:16)
8- Book (4:25)
9- Do your thing (4:17)
10- To the sun (2:27)