France de Griessen – Dawn Breakers

Dawn Breakers de la globe-trotteuse France de Griessen, un quatrième album épuré et dix compositions à la semblance de mantras guitare / voix et tout un discret instrumentarium. Chants d’amour ou prières enflammées ? Les mots saignent et les spectres planent. Les nuages se dégustent comme des barbes à papa et la neige est bleue. Des êtres et concepts hybrides cohabitent chez France qui noue des liens chimériques, tisse des fils invisibles, traverse la matière, inverse le sens, les sens. Hallucinations : ici, le Téléphone aphrodisiaque de Salvador Dalí, là, Une semaine de bonté de Max Ernst… La witch folk de France traverse les éléments, le corps, le cœur, le temps… Et élève les âmes.

Inspirée par les ballades punk acoustiques de Johnny Thunders comme par l’onirisme cinématographique de Barbet Schroeder (surtout l’intriguant La Vallée, 1972), France de Griessen loue un culte à l’« hopeful melancholy » de Donovan, les litanies néo-médiévales de Marie Laforêt et l’icône underground Nico, ses ritournelles incantatoires, sa poésie qui puise chez les romantiques anglais, les portes métaphysiques qu’elles ouvre. Des qualités totalement applicables à Dawn Breakers, enregistré à la campagne, dans le Sommerset, à Wells, la plus petite ville d’Angleterre, « tout à fait comme dans les contes et les livres ».

Ma sorcière bien aimée
Artiste complète, sorcière du « symbolisme sonore », elle chante, parfois à deux voix avec l’artiste antifolk new-yorkais Cannonball Statman, en se permettant d’utiliser des sons « incantatoires, apaisants, en tension, oniriques ». Des compositions / formules magiques tels des rituels sacrés : elle s’y adonne afin de
« s’affranchir des normes, amener le sombre dans la lumière pour le transformer et traverser le temps ». Il y a quelque chose de l’ordre de la prière, chez France, « au sens de la quête d’une élévation de l’âme vers l’univers et la nature. » Un large chant / champ vibratoire « qui permet d’interconnecter le corps et l’esprit ».

Hyper-présence
« La musique est, avec le théâtre, la forme d’art la plus cathartique. Il ne s’agit pas de “mettre ses tripes sur la table’”, mais de chercher une condition d’hyper-présence. C’est de cet état que vient la lumière. » Ses morceaux sont-ils des déclarations enflammées, des cris (au sens propre parfois) liés à une souffrance cachée ? Ses textes sont des coffres à tiroirs et cachettes : « July, par exemple, parle de voix que j’entends dans ma tête, celles des récits anciens qui remontent à la surface avec intensité, parfois pour délivrer un message, et s’entrechoquent. »

Une écriture à la fois simple et intense, des émotions fortes mises en partitions. France cite Louise Bourgeois – « Je suis allée en enfer et j’en suis revenue. Et laissez-moi vous dire, c’était merveilleux » – et revendique son individualité et son appétit pour le mystère, la contemplation et la fantaisie, la flamboyance, le sens de la provocation et la « divisibilité indéfinie » de son geste.

Otto e mezzo
Le court film musical Blue Snow accompagne la sortie de son premier single éponyme. Tourné en Italie, réalisée par Cannonball Statman, il fait entre autres référence au pedinamento, soit une « poursuite » du protagoniste par la caméra), dans une déambulation en clair-obscur. Le rapport de France au cinéma italien (notamment celui de Pasolini, Fellini ou Antonioni) est fort, « avec ses déambulations poétiques, ses syncrétismes, ses symboles, ses héros et héroïnes complexes et ses compositions visuelles marquantes comme des tableaux en mouvement. »

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CRÉDITS
Musique & paroles (et dessin à l’encre noire) : France de Griessen
Enregistré & réalisé par Ben Scott Turner at Axe & Trap Studios, Sommerset (UK) France de Griessen : guitare, voix, shruti box, percussions, piano, orgue électrique Cannonball Statman : voix/guitare/percussions additionnelles
Nicolas Laureau : percussions sur High Strung Master
Catherine James : photographie argentique innersleeve
Label : Prohibited Record

FRANCE DE GRIESSEN


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